ketty steward

 

Quelques Poèmes

 

Encore un mot

Et bien pire que les mots
Je le hais ton silence
Il pue le vieux tombeau
Il hurle « indifférence »

Le vide est le fardeau
Aux épaules de l’errance
Je n’ai plus que lambeaux
De fierté, quand j’y pense

Je n’ai plus assez d’eau
Pour laver la souffrance
Cramoisie du rideau
De ta cruelle absence

Fumée jusqu’au mégot
J’en crève de l’offense
J’éteins jusqu’à l’Ego
C’est à toi que je pense.

***

Mea Culpa

À chercher dans tes mots la force du toujours
À quérir des caresses encor plus chaque jour
À cuivrer chaque nuit les yeux sous l’abat-jour
J’ai dilué l’amour

À vouloir endiguer, contempler, retenir
Accrocher à mes murs nos instants de plaisir
À vouloir te parler sans pouvoir te le dire
J’ai foulé le désir

À demander la Lune en regardant la Terre
À citer l’équation qui règle l’univers
À démonter encor ces bonheurs qu’on espère
J’ai chassé le mystère

À confondre en mon cœur et le rêve et la vie
Désirer des couleurs d’un noir et blanc moins gris
À crier « Vraisemblance » en rimant imprécis
J’ai délavé l’envie

À jeter sur nos transes un linceul de raison
À tenir nos ivresses pour sottes illusions
À tourner sans arrêt nos flammes en dérision
J’ai tué la passion

J’ai dilué l'ardeur et foulé notre Feu
J’ai flétri à moi seule, le charme de nos jeux
Où se cachent à présent livides et douloureux
Nos troubles d’amoureux ?

Peurs à la barre !

J’ai convoqué de nuit
À la cour de mémoire
Mes plus chers ennemis
Mes fidèles cauchemars

J’étais témoin, jury,
Président, toge noire,
Avocat et partie,
Procureur, auditoire

Le « satyre-qui-sourit »
Fut rapide à la barre
Jugé, lié, saisi
Condamné au tiroir

La « sorcière-qui-me suit »
Inclina son regard
Et son œil cramoisi
Sous mon réquisitoire

Les démons vinrent, aigris
Monstrueux avatars
Justice les promit
Aux tourments des trous noirs

Et ces terreurs sans cri
Accrochées aux miroirs
Qu’on les contraigne aussi
À l’interrogatoire !

Mais les terreurs sans cri
Je ne les pus avoir
Leur cortège de folies
Glaça, jusqu’à la barre

N.B : Ce texte fait partie du recueil "Je ne sais pas appartenir".

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© Ketty Steward